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Musique classique et opéra par Classissima

Daniel Barenboïm

mardi 6 décembre 2016


Carnets sur sol

6 novembre

De l'usage raisonné du Don Giovanni de Currentzis

Carnets sur sol Comme tout le monde, depuis vendredi, il n'existe qu'une seule chose dans ma vie : le Don Giovanni de Currentzis. Bien, en réalité je l'ai écouté hier entre 23h et 2h en passant l'aspirateur – c'est un peu moins long, mais ça change de Parsifal –, ne le répétez pas. L'occasion de poser quelques questions plus générales sur les motivations à faire et écouter quelque chose de différent. Et quoi de plus naturel que d'accompagner votre lecture d'une écoute gratuite et légale de l'enregistrement ? 1. Histoire de promo J'ai beau concevoir CSS comme un lieu non soumis à l'actualité, il faut bien admettre que, depuis que les nouveaux enregistrements sont immédiatement disponibles en flux, il est difficile de ne pas mettre son nez dans les nouvelles parutions un peu originales. Et Currentzis, que je n'aime pas particulièrement (son Requiem de Mozart dégraissé et méchant est ma référence personnelle, mais pour le reste, j'aime bien en général, sans être hystérique du tout), a bénéficié d'une large couverture (dont il n'a guère besoin !) dans Carnets sur sol : ♣ Dido and Æneas de Purcell (pas du tout aimé), au fil de la discographie (& vidéographie) exhaustive consacrée à l'œuvre. ♣ Jolis extraits de Rameau avec une simili-Kermes. ♣ Le Nozze di Figaro , très convaincantes à défaut de se départir de leur aspect très studio. ♣ Così fan tutte mortifère, où le seul plaisir de jouer avec un orchestre ne se hisse pas vraiment à la hauteur des enjeux de l'œuvre. ♣ Un Sacre du Printemps très différent et distancié ; là aussi, de la musique pure, ce qui fonctionne très bien – mais on peut se demander le sens qu'il y a à jouer le Sacre sans violence ni paroxysmes ? Et cette fois, c'est la clôture attendue d'un cycle Da Ponte très surveillé (entre les Noces largement portées au pinacle – quelquefois détestées – et le Così unanimement censuré…), avec son titre le plus populaire, aussi celui où il y a le plus de facéties à commettre… Pour couronner le tout, on dispose d'une petite histoire à raconter. La distribution initiale était la suivante : Donna Anna : Simone Kermes Donna Elvira : Natasha Marsh Zerlina : Jaël Azzaretti Don Ottavio : Sean Mathey Don Giovanni : Simone Alberghini Leporello : Nathan Berg Masetto : Darcy Blaker Il Commendatore : Michael George … et que voit-on au dos du coffret : Donna Anna : Myrtò Papatanasiu Donna Elvira : Karina Gauvin Zerlina : Christina Gansch Don Ottavio : Kenneth Tarver Don Giovanni : Dimitris Tiliakos Leporello : Vito Priante Masetto : Guido Loconsolo Il Commendatore : Mika Kares Pas forcément une déception, d'ailleurs : Papatanasiu est remarquablement compétente dans Mozart (et plus incarnée que Kermes), Gauvin a amplement fait ses preuves ici, Tarver est minuscule en salle mais parfait avec les micros (moins fouillé mais plus équilibré que Mathey), Kares tellement plus large et profond que George, Priante un italien bon diseur à la place de l'engorgement épais de Berg… Même la disparition d'un italien en Don Giovanni n'est qu'une déception modérée, dans la mesure où Dimitris Tiliakos dispose de la fermeté et du verbe requis ; il n'y aurait que Jaël Azzaretti qui soit, réellement, irremplaçable. En tout cas, le profil général est beaucoup moins atypique dans cette nouvelle distribution. Mais pourquoi avoir remplacé toute la distribution. La réponse officielle ne manque pas de sel. Currentzis lui-même explique qu'il avait commis une première version géniale (dont subsistent des traces de répétitions ou de représentations, le studio intégral a même été gravé), que tout le monde lui disait que c'était son meilleur enregistrement, et que c'était vraiment formidable… mais qu'à la réécoute, il n'y trouvait pas assez d'ombre et de proximité théâtrale entre les chanteurs. Il a donc demandé à tout refaire, malgré le génie de sa première version. Paraît-il qu'aucun des chanteurs n'était disponible aux nouvelles dates d'enregistrement. Oui, même les méga-stars Natasha Marsh et Darcy Blaker ne pouvaient pas se libérer pour un studio de Don Giovanni avec Currentzis – sans doute trop occupés à chanter Annina et Douphol à Tirana ou à Cagliari. On peut, de là, faire des suppositions complotistes. Problème technique chez Sony honteusement caché ? Peu probable dans l'absolu, et pas si grave à communiquer. Currentzis n'aurait de toute façon pas accepté de couvrir l'affaire. Discrépance artistique qui aurait conduit tout le monde à quitter le navire ? On peut en douter, vu ce que les artistes endurent déjà en mises en scène… et puis il n'y a pas de triche avec la partition (des ajouts un peu libres, certes, mais pas de réorchestration, d'introduction de nouveaux instruments… ce ne sont pas Falvetti par García-Alarcón ou les Noces de Marthaler avec son nouveau continuiste). Et puis, se couper d'un chef capable de vous faire instantanément exister dans le milieu, Kermes le pourrait, mais les autres ? Caprice du chef ? C'est peu ou prou l'histoire racontée, et elle paraît finalement très crédible considérant son profil. D'autant que la chose permet de faire parler de l'enregistrement, et incitera à acheter la seconde version, paraît-il très différente (sans doute pas tant que ça, mais au moins les chanteurs sont tous nouveaux !). Et c'est peut-être là qu'il faut chercher l'explication : Sony a probablement, à mon sens, imposé de changer totalement les rôles, de façon à pouvoir vendre plus tard la copie. Currentzis laisse entendre que ce sera sûrement le cas : sans doute le prix à payer pour pouvoir ré-enregistrer un enregistrement déjà achevé. Tout le monde y gagne : la maison, le chef, le public. Bien sûr, je trouve extrêmement sympathique de faire vendre un enregistrement sur le nom d'un chef qui s'interroge sur la partition, plutôt que sur une notoriété de papier (non, certains Da Ponte de Barenboim sont très réussis, ne me surinterprétez pas comme cela, ce n'est pas bien) ou sur des glottes isolées. Mais un peu moins sympathique quand il s'agit de Currentzis, qui explique qu'il est le seul à faire vraiment de la musique, qu'il est génial tout le temps (sans jamais mentionner ses musiciens, qui sont, eux, réellement phénoménaux), qu'il peut jouer tous les répertoires avec le même degré d'inspiration divine, qu'il n'y a pas de metteur en scène capable de monter Onéguine, qu'il est très subversif en mentionnant l'homosexualité de Tchaïkovski, etc. Un gamin surdoué sans nul doute, mais très mal élevé, et qui se croit sans doute un peu meilleur qu'il n'est. Je ne félicite pas M. & Mme Currentzis. Jean GOUJON, Teodor dirige l'Introduction de Don Giovanni. Milieu XVIe siècle. Crédits : Toutes les illustrations de cette notule sont tirées de photographies du Fonds Řaděná pour l'Art Puttien, disponibles sous Licence Creative Commons CC BY 3.0 FR . 2. L'exigence de l'excellence Deux éléments de réputation sont fondés en tout cas : Currentzis fait toujours différent (moins pour Rameau, Mahler et Chostakovitch que pour Purcell et Mozart), et les réalisations techniques de ses musiciens sont toujours d'un niveau exceptionnel. Cela reste valable dans ce Don Giovanni, et peut-être plus encore qu'ailleurs. ♥ Contrairement à son Così, et même dans une moindre mesure à ses Noces, tout y est extraordinairement tendu, toujours. Même les airs décoratifs ou de caractère, très nombreux dans Don Giovanni, paraissent essentiels ou passent comme un songe, très intégrés. ♥ Les strates de l'orchestre sont toutes audibles (dans les cordes, on entend très bien, sans que cela prenne le pas sur la partie thématique, les lignes de seconds violons et d'altos !), et d'une qualité de finition fabuleuse (la clarinette solo est assez miraculeuse). ♥ Le profil sonore général est assez percussif : clairement du baroqueux comme le faisaient les ensembles à la mode des années 2000 (Matheus, Modo Antiquo, etc.), avec un traitement par accords secs, beaucoup de discontinuité dans le spectre… On a peu joué Don Giovanni comme cela, même Jacobs, et le caractère dramatique de l'ouvrage s'y prête évidemment très bien. À certains endroits, on pourrait croire entendre de la musique contemporaine, tant la rudesse est poussée loin. ♥ Le pianoforte est très présent, pendant les numéros aussi, et improvise beaucoup de petites plaisanteries piquantes, dans le goût de ce que faisait (mieux que personne) Nicolau de Figueiredo pour les Mozart et Rossini de Jacobs. Cela donne de l'intérêt aux récitatifs nus, et surtout renforce le grain orchestral de façon remarquable. 3. Les intentions vs. la musique Toutefois, les idées géniales ont leurs limites, ou du moins leurs corollaires. Pas tous positifs. ♠ La sècheresse des cordes (certes sublimes et précises comme aucun orchestre orchestre), les accents très puissants des cuivres, les fp brutaux tendent à couvrir le spectre sonore : on est obligé d'attendre la fin de l'intervention cuivrée (toujours courte chez Mozart) pour retrouver son monde. Au lieu d'un regain d'intensité (déjà là), il s'agit presque d'une nuisance qui brouille la limpidité suprême de la pâte orchestrale. ♠ Ce que propose Currentzis est objectivement proche de la caricature qu'on a souvent faite des ensembles baroqueux (excepté la maîtrise suprême… ça ne joue faux que sur commande expresse !) : les contrastes exagérés, la sècheresse (voire l'impavidité), la rapidité uniforme. ♠ Certes, le résultat, comme précisé, est extraordinairement présent et tendu, comme aucun autre (du moins dans ce genre « claquant » – côté noirceur, Mitropoulos reste un absolu assez sérieux) ; mais il faut voir si ces appuis très forts ne sont pas lassants à l'usage. Tout le temps rapide, tout le temps fort, tout le temps énervé, tout le temps brutalement contrasté peuvent finir par rebuter. À la découverte, c'est assez exaltant, mais je doute de vouloir écouter ça souvent. ♠ C'est donc à la fois très neuf, mais aussi un peu tout le temps pareil. Les différences entre les moments de caractère et les grandes scènes dramatiques sont assez ténues : on est déjà à un tel degré de sollicitation qu'on ne peut pas gérer ce type de contraste. Au contraire, Currentzis tend à alléger certains éléments de façon inattendue – ainsi les variations de dynamique dans l'apparition finale du Commandeur, qui empêchent le côté obsédant et menaçant de l'ostinato pointé. Malgré ses grandes qualités, donc, et le très réel plaisir que j'ai eu à l'écouter, je ne suis pas persuadé que tout cela demande des réécoutes très régulières, en réalité. Dans le genre alternatif, Jacobs propose une variété de climats beaucoup plus vaste, une vision d'ensemble qui nous autorise à visiter plusieurs manières. L'Ouverture fascine complètement, mais arrivé à la moitié du premier acte, on a l'impression qu'on peut deviner ce qui va être fait ensuite, malgré la fantaisie ambiante. Nicolas POUSSIN, Teodor découvre le battuto col legno. Vers 1626-1627. 4. Quelques détails L'Ouverture, tellement entendue pourtant, est complètement jubilatoire, déborde d'une joie de faire de la musique et d'une hardiesse qui siéent tellement au sujet ! Il devrait vraiment faire les symphonies, et celles de Haydn… [En réalité il a plutôt prévu une intégrale des symphonies de Beethoven. Où je ne suis pas sûr qu'il puisse apporter tellement de neuf : les baroqueux ont épuisé (avec bonheur) le filon hystérique depuis longtemps, je ne crois pas qu'il reste beaucoup de neuf à dire dans sa veine à lui après Hogwood, Dausgaard et Antonini… En tout cas, probablement pas plus intéressant s'il continue à travailler de la même façon. Et puis Tchaïkovski 6, Mahler 1, et plus tard, horizon 2020, du Bach et Tristan und Isolde.] Le fameux Menuet du final du I est étrangement survolté (comme le reste), dès le début, et opère de nombreux ajouts (et quelques notes volontairement fausses). C'est un assez bon exemple du principe de cet enregistrement : pourquoi faire ça dès le début, alors que la fête se déroule pour le mieux, et que ce désordre est déjà prévu par Mozart au moment de la tentative de viol ? – le décalage entre la musique d'origine et ce qu'elle devient créant, précisément, l'expression. Currentzis rend passionnant Metà di voi qua vadano (le second air de don Giovanni) où les multiples bruissements fusent comme jamais ; et il rend écoutable Per queste tue manine, le duo Zerline-Leporello qui n'est pas du très grand Mozart (l'écriture de l'accompagnement par arpèges d'unissons…). D'une manière générale, il rehausse les pages secondaires, tandis que les moments les plus aboutis paraissent un peu noyés dans la constance de sa rage… 5. La pause glottologie Et alors, comment ça chante ? Eh bien, Currentzis a bien pris garde à rester la vedette : tous sont vraiment très bons, et peu attirent l'attention individuellement sur leur timbre ou leur expression, tout à fait fondus dans la logique d'ensemble et le peu de propension du chef à s'atarder. Tous dignes d'éloges, donc, même si Papatanasiu (Donna Anna) pâlit un brin – étrange, parfaite en Fiordiligi – sont-ce des directives de faire du Kermes/Koutcher ?). Tiliakos (don Giovanni), Tarver (don Ottavio), Gauvin (donna Elvira) sont assez parfaits. J'espérais un peu plus de Priante (Leporello), excellant autant que les autres, mais en tant qu'italien rompu au récitatif baroque, j'attendais un supplément de truculence qui n'est pas venu. Kares aurait dû renverser la table, mais il ne sonne pas avec la même majesté au disque qu'en vrai (c'était déjà le cas dans le Vaisseau fantôme de Minkowski), où il est hors de pair – et son italien est un peu terne. Les villageois sont de superbes découvertes. Christina Gansch n'est pas dénuée d'ampleur, et Guido Loconsolo dispose de tout pour lui : la noirceur et le mordant de la voix, l'expressivité de l'italien. Un de tout plus beaux Masetto de la discographie, qui n'en compte pas tant. Il est promis à de très grands Leporello et don Giovanni (et Guglielmo !). Pas de vedette voyantes, mais que d'excellents chanteurs, voilà qui me convient très bien. Légende : Georges LEMAIRE, La Presse contemplant le dernier disque de Currentzis. Camée sur sardonyx à trois couches, 1885. 6. Autres fréquentations À défaut, pour Don Giovanni ce n'est pas le choix qui manque, dans toutes les esthétiques… Ces derniers temps, j'ai un faible pour Gardiner (et je reste un inconditionnel de la version allemande de Fricsay, un théâtre insoutenable). Schröder aussi, contre toute attente, est absolument ébouriffant. Et puis, bien sûr, il y a de grands classiques pllus équilibrés, Fricsay en italien, Harnoncourt en studio, Abbado avec le COE, Böhm à Covent Garden, Pešek, Marriner, Solti I et II, Rosbaud… Pour ceux qui veulent de l'épaisseur de son, Mitropoulos (à Salzbourg) et Barenboim (version Philharmonique de Berlin) offrent une noirceur et une hauteur de vue remarquables. Pour ceux qui au contraire veulent du méchant crincrin, Jacobs et Harding ont tout ce qu'il faut. Et pour ceux qui aiment la posture distanciée de Currentzis, Kuijken s'impose (très supérieur à Currentzis dans les deux autres volets, plutôt complémentaire dans celui-ci). Je n'ai pas eu l'occasion de les citer, mais on peut aussi aller voir, pour des propositions encore différentes, du côté de Malgoire, Nézet-Séguin, Halász, Leinsdorf, Mackerras 95, Walter, Busch… tout cela n'est que hautement recommandable ! Et très loin d'un début d'exhaustivité des bonnes versions de Don Giovanni. 7. Point d'étape Puisqu'il n'a plus prévu de Mozart pour les années à venir (il a annulé L'Enlèvement au Sérail pour éviter de perdre son temps faute de temps), un petit point. Il s'agit, clairement, du meilleur volet de sa trilogie Da Ponte : les Noces étaient excellentes, mais un rien aseptisées (et pas si neuves, quand on a Kuijken, Jacobs et Nézet-Séguin – tous habités de nécessités plus impérieuses, à mon sens) ; Così ne fonctionnait pas du tout. Ce n'est pas du niveau, intouchable, de son Requiem, mais c'est un très bel enregistrement, très différent, qu'il faut vraiment écouter. Pour être tout à fait honnête, je ne suis pas persuadé que j'aurais écouté un nouvel enregistrement de Don Giovanni s'il n'avait été aussi bizarre : quand on l'a beaucoup écouté, vu, chanté, accompagné, joué dans divers arrangements, exploré dans diverses langues (arabe inclus…), on aspire à un peu de repos, on a peut-être moins envie de se gaver. La proposition de Currentzis a au moins de quoi remettre au travail les mélomanes blasés. Et interloquer les autres. Je ne suis pas persuadé que par la suite beaucoup de monde y reviendra, mais c'est une proposition réellement neuve, et différente même de ses autres Mozart. Au passage, on peut entendre la première distribution dans le chœur final, ici . Je trouve que cette vision, plus fluide et musicale, moins percussive et spectaculaire, convient peut-être mieux à une écoute durable, moins centrée sur le détail et l'éclat, mais il faudrait voir l'aspect du reste, bien sûr. J'aurais envie de suggérer à Currentzis, s'il veut vraiment faire l'histoire, de prendre un bon Salieri / Martín y Soler / Vran ický , et de lui faire suivre le même traitement ? Joué comme cela, même Il Matrimonio Segreto doit paraître insoutenable d'intensité ! Il serait ainsi non seulement le Phénix des Chefs, mais aussi un Phare pour la Connaissance des Biens Immatériels de l'Humanité – toutes choses qui devaient en appeler à son sens de la juste mesure.

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23 novembre

Lisa Batiashvili et Barenboim dans les concertos de Sibelius et Tchaïkovski

Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893) : Concerto pour violon et orchestre en ré majeur, op. 35 ; Jean Sibelius (1865-1957) : Concerto pour violon et orchestre en ré mineur, op. 47. Lisa Batiashvili, violon ; Staatskapelle Berlin, dir. Daniel Barenboim. 1 CD DG 4796038. Enregistré à Berlin en juin 2015 et juillet 2016. Notice trilingue : anglais, allemand, français. Durée : 62'07






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25 octobre

CD, compte rendu,première impression. Sibelius / Tchaikovsky : Concertos pour violon. Lisa Batiashvili, violon. Staatskapelle Berlin. Daniel Barenboim, direction (1 cd Deutsche Grammophon).

CD, compte rendu,première impression. Sibelius / Tchaikovsky : Concertos pour violon. Lisa Batiashvili, violon. Staatskapelle Berlin. Daniel Barenboim, direction (1 cd Deutsche Grammophon). Voici nos premières impressions d’un programme très séduisant dont la haute valeur dérive directement de la connaissance qu’on les interprètes des partitions, de leur complicité… C’est surtout dans un premier temps, à la suite d’une écoute première, le Concerto de Sibelius qui affirme une saisissante compréhension musicale. D’abord le Concerto de Tchaikovsky… Belle urgence du premier mouvement où l’orchestre de la Staatskapelle de Berlin, l’orchestre de Barenboim, sonne avec une élégance de ton d’une irrésistible séduction : le préambule est idéal pour l’éloquence feutrée de la sublime Lisa (Batiashvili), violoniste attachante qui vit à Munich : ondine serpentant dans un paysage orchestral superbement suggestif : la direction du chef éblouit par sa réserve caressante et détaillée. L’intelligence du chef et de son orchestre s’était révélé, affirmé au delà de nos attentes dans les Symphonies de Elgar, – superbe révélation couronnée par un CLIC de CLASSIQUENEWS. Le violon de Lisa Batiashvili partage avec quelques rares confrères et consœurs, une grâce ténue, mesurée, nuancée (Vadim Repin, Isabelle Faust) qui font toute la différence avec les performers plus médiatisés mais indésirables. Son articulation d’une grande finesse exprime cette élégance lovée dans l’orchestration de Tchaikovsky. On se souvient d’un précédent disque BACH qui offrait la même intensité filigranée d’un son d’une subtilité impériale (LIRE notre critique du cd BACH de Lisa Batiashvili, 1 cd deutsche Grammophon, CLIC de CLASSIQUENEWS de novembre 2014 ). Si le Concerto de Tchaikovsky affirme une virtuosité flamboyante, l’opus de Sibelius s’inscrit dans l’énigme et le scintillement d’une enivrante fragilité. Le premier mouvement est d’une bouleversante confession elle aussi filigranée qui exige des instrumentistes, soliste et musiciens de l’orchestre en présence, un sens de l’écoute et de l’équilibre global, … idéal, magicien. Le son de Lisa Batiashvili se révèle d’une rare incandescence, immédiatement solaire. C’est un embrasement d’une subtilité d’intonation d’une irrésistible souplesse. Le souffle tragique y est comme sublimé par l’hypersensibilité du compositeur à la nature et son miracle salvateur : il faut visiter en Finlande, sa propriété de Jarvenpaa pour saisir le lien indéfectible du musicien avec le motif naturel, source de révélations comme d’éblouissement. Le Concerto pour violon s’inscrit dans cette expérience et cette relation privilégiée. Le Concerto est pour la violoniste son pain béni et une pièce familière, de grande intimité : elle le joue depuis au moins plus de 10 ans déjà, avec une profondeur et un son éthéré d’une sidérante expressivité. L’opus 46 en ré majeur fut composé en 1903 et, après révision, créé sous la direction de Richard Strauss en 1905 à Berlin. L’oeuvre est contemporaine de l’installation du compositeur dans la villa “Aïnola”, à Jarvenpaa, en pleine forêt, à 30km d’Helsinki. Longtemps minimisé en raison d’une apparente et “creuse” rigueur, le Concerto s’imposa néanmoins en raison des difficultés techniques qu’il exige du soliste. Mais en plus de sa virtuosité exigeante, le Concert de Sibelius demande tout autant, concentration, intériorité, économie, justesse de la ligne musicale. Autant de qualités qui se sont révélées grâce à la lecture des plus grands violonistes dont il est devenu le cheval de bataille. D’une incontestable inspiration lyrique néo-romantique, la partition développe une forme libre, rhapsodique, même si elle respecte la traditionnelle tripartition classique en trois mouvements: allegro moderato, adagio di molto, finale. Même si l’inspiration naturelle, panthéiste, du compositeur s’exprime avec clarté, en particulier d’après le motif naturel des forêts de sa Finlande natale, les souvenirs enrichissent aussi une imagination personnelle et intime. A ce titre, le deuxième mouvement pourrait convoquer les impressions méditerranéennes vécues pendant son séjour en Italie. Barenboim magicien des atmosphères, et son elfe enivré, tracent des accents d’une intensité idéale, dans un cheminement qui frappe par son intériorité et par contrastes, ses résonances panthéistes, excroissances symphoniques et déflagrations électrisées. Le parcours emprunté par Lisa Batiashvili s’enrichit d’un engagement superlatif a voce sola dans la résolution du premier mouvement, à a fois, solitaire, éperdu, mais d’une pudeur intacte (que vient adoucir le chant fugace des bassons puis des violoncelles). C’est une course progressive contre les ténèbres, – un combat pour conserver la lumière : la rondeur âpre, le chant du violon se fait ici chant de résurrection : dans les mains expertes d’une telle interprète, le violon Joseph Guarneri “del Gesu” de 1739, produit une finesse et un moelleux, d’une sidérante activité. Le second mouvement est un chant d’amour d’une classe intérieure : quelle richesse suggestive du son. Opulence aux pianis arachnéens… Nous tenons là l’une des meilleures versions récentes du Concerto de Sibelius : scintillements de l’orchestre, chant intérieur, déchirant du violon soliste. Magistral. CD, compte rendu, première impression. Sibelius / Tchaikovsky : Concertos pour violon. Lisa Batiashvili, violon. Staatskapelle Belrin. Daniel Barenboim, direction (1 cd Deutsche Grammophon). Grande critique développée à venir dans le mag cd dvd livres de classiquenews.com. CLIC de CLASSIQUENEWS de novembre 2016 TCHAIKOVSKY / SIBELIUS TCHAIKOVSKY: Violin Concerto in D major, op. 35 SIBELIUS: Violin Concerto in D minor, op. 47 Lisa Batiashvili, violon Staatskapelle Berlin Daniel Barenboim, direction Int. Release / parution internationale : 4 Nov. 2016 1 CD / Deutsche Grammophon 0289 479 6038 6

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